pygmalion6unPremier article d'une série que j'espère longue :-) sur mon boulot.
Sur ses dessous (et donc avec des jeux de mots foireux, vous l'avez compris... il faut que je trouve un moyen de mettre de la distance!)

Cela fait un moment que j'y réfléchi... notamment suite à la lecture de nombreux articles de Nina qui racontait sa difficile recherche d'emploi... De lectrices que j'ai pu aider tant que j'ai pu....D'amis à qui j'ai donné ce que je pouvais comme conseils...

J'ai tenté de faire un blog dédié... non anonyme.
Cette option est impossible pour moi aujourd'hui. Tant pis. Je vais donc m'exprimer ici!

Alors pour ceux qui ne suivent pas, les nouveaux venus, ceux du fond qui n'écoutent pas: je suis Consultante en Gestion des Ressources Humaines (ouais, ça fait peur comme ça, et avec les majuscules, c'est plus impressionnant).
Je fais principalement du conseil aux entreprises et du recrutement.

Je voulais vous parler d'une grande difficulté que nous rencontrons (pour peu que nous l'ayons identifié) ... de l'effet Pygmalion.

Mais Pygmalion, ça me dit quelque chose... C'est pas un truc de l'Antiquité ça?

Si, si. C'est ça.

Ovide le raconte super bien (il était doué). Moi je vais être plus directe. En gros, vous avez un sculpteur qui réalise une magnifique créature (une femme donc), il y met tellement d'ardeur qu'il en tombe amoureux et imagine qu'elle est vivante. Venus qui est sympa et qui passait par là donne vie à la statue. Pygmalion est super content (toute référence à la cité de la peur n'est pas du tout d'à propos dans ce contexte historique, je ne comprends pas que vous puissiez y avoir pensé): il a tellement projeté sur sa statue qu'il ne pouvait plus imaginer
qu'elle n'était que statue.

Dans la vraie vie, la question à se poser est "est-ce que si je projette un à priori sur une personne cela va se réaliser?"

 

Ceux qui ont théorisé le shmilimiliblick

Des chercheurs ont mené des études, sur des rats d'abord (Rosenthal). Puis sur des piti n'enfants innocents (Merton)  On était au milieu du 20ème siècle, il faut les excuser.

Comment ont-ils procédé?
C'est simple: tu prends 2 classes identiques (en gros). Avec des enfants bons et des moins bons, des excellents.... Une classe quoi.
Tu fais passer des tests genre QI aux deux classes.
Pour les besoins de la science, tu dis que "vraiment, y'a une grosse différence, c'est dingue, une classe est pratiquement constituée que de surdoués, alors que l'autre, mazette ... catastrophe nuls....). Tu vas cafter aux instits.
En vrai les résultats sont identiques entre les 2 classes (c'est pervers la science des fois).
Tu reviens à la fin de l'année scolaire, tu refais passer le test de QI et là surprise: grosse différence entre les "soi-disant bons" et les "soi-disant nuls". C'est plus des soi-disant.... c'est DEVENU VRAI.

On a refait des tests similaires en le disant aux protagonistes (entendez que l'on dit aux enfants qu'ils sont super bons ou pas). Ca marche aussi.

Depuis, on a refait tout plein de fois les tests, avec tout plein de groupes victimes de discrimination (femmes, handicapés etc...)
Il y a des exemples "géniaux" où on fait passer un test à des femmes sans rien leur dire. Ensuite on leur fait passer un petit questionnaire où on leur montre bien qu'elles sont des femmes (questions portant sur leur féminité, n'allez rien imaginer). On leur refait passer le test.
Les résultats sont très différents... sur quoi porte cette différence? Sur les préjugés qui s'accrochent aux basques des filles: mauvais sens de l'orientation, sensibilité...
On sait également que les "futurs papa" caressent de manière très différente le ventre de leur femme selon le sexe de leur futur enfant (mon dieu quel conditionnement!).

Bref, en conclusion, un préjugé qu'il vienne de soi ou des autres impacte sur nos actions.

Les prophéties auto-réalisatrices

Les préjugés impactent tellement sur nos actions qu'il arrive qu'ils nous dirigent...
C'est terrible à dire. Mais c'est comme ça.
Cela se nome les "prophéties auto-réalisatrices".

Vous pouvez regarder et faire le test autour de vous... (il faut être super honnête avec soi-même, mais c'est très instructif).

Avec les autres:
Prenez un bon préjugé bien de base: les blondes sont bêtes, les gros ne sont pas énergiques, les italiens sont des serial lovers.... Choisissez en un. Un dont vous êtes proche.
Focalisez vous sur une personne ayant cette caractéristique... et observez comment vous vous auto-renforcez dans votre conviction.... Comme il est dur d'aller à son encontre... Cette blonde dans le métro qui fait une remarque sans intérêt .... "ha c'est bien une blonde qui dit ça"... Une brune aurait dit la même chose... vous ne l'auriez sans doute pas relevé.
Ce qui est génial, c'est qu'en plus cela renforce votre sentiment, genre "j'ai trop raison de dire que les X sont Z.... la preuve..."

Avec soi-même:
Plus dur. Vous êtes persuadé d'être ... allez "bête" (même si vous êtes brunes, vous avez le droit :-) ).
Vous focalisez sur cela.
Vous sur-fixez.
Vous stressez.
Vous vous dites "haaaaa non il ne faut pas que je paraisse bête!!!!" ... Cela vous accapare tellement, que vous finissez par dire une idiotie monumentale.

En recrutement, dans l'entreprise.....ça donne quoi?

Hé bien cela donne des choses très difficiles à décrypter, à dénouer, pour un recruteur!

Un exemple? L'autre jour, j'avais en face de moi une personne de nationalité étrangère. Nord Africaine.

On sait tous que leur intégration n'est pas aisée en France. Ils sont particulièrement victimes de préjugés
Cette personne n'a pas arrêté de tenter de me prouver par A+B que "même d'origine étrangère, elle savait travailler, etc"
Hé bien, c'est très dur à gérer. Dur de se dire qu'une personne qui revient 10 fois sur "je vais travailler" n'a pas quelque chose à cacher....
Ou cette femme qui insiste tellement sur le fait qu'il n'y a "pas de problème pour la garde de ses enfants".... elle gère... Cette femme s'est mis une étiquette "je suis une femme+enfants = galère pour l'employeur houhou, il faut vraiment que j'en parrrrrrrrrllllheeeeeu, vraiment que je lui montre que je sais gérer". Bah ouais mais bon.... sans vouloir parodier les Wriggles (qui se demandent bien ce qu'ils font dans un article sur l'effet Pygmalion)... ca focalise l'attention sur ce problème...

 C'est réellement très dur.... de se détacher de ce que le candidat donne comme information, ce qu'il envoie comme signal rouge et clignotant... Trop dur souvent... Trop peu de "recruteurs" sont formés pour gérer cela... alors ne donnez pas le bâton pour vous faire battre! Si on a des questions, on vous les posera!

Il n'est jamais nécessaire de s'auto-flageller. Soyez doux avec vous-mêmes... les autres suivront.

Comment utiliser cet effet à bon escient?

Si on est "conditionné" par l'étiquette que l'on porte.... peut-être faut-il s'interroger sur celles que nous portons effectivement... et ainsi pouvoir changer le regard des autres... en changeant d'étiquette...
Mettre en place une prophétie auto-réalisatrice POSITIVE.... Vous voyez?
Car dans cette histoire tout n'est que question de regard partagé.... D'image que vous donnez à votre insu...

Je terminerais en en disant que comme souvent... une meilleure connaissance de soi améliore ses relations aux autres...

Et par une petite anecdote, rigolote:
Comme vous le savez je ne suis pas à ranger dans la case "en couple".... Je le vis plutôt bien (voir super bien - ce qui inquiète mes parents: bah on ne sait jamais hein, des fois que je vire "vieille fille") Hé bien dernièrement, différentes personnes, et à plusieurs reprises ont "oublié" que j'étais célibataire... Ennnnnnorme.... Leur réaction après leur avoir fait remarquer leur erreur "Ha oui, mais tu n'es pas vraiment célibataire.... tu ne le portes pas sur toi...." Comme quoi... Pygmalion est partout.

Z'avez des questions?